— Voyez, nous sommes des gens comme vous. Nous venons de la forêt. Il n’y avait là que des oiseaux, des arbres et des herbes. Nous n’avons fait de mal à personne.

Ils rôdèrent un peu de temps dans la dune, comme des chiens flaireurs. Et puis revenant vers nous encore une fois, ils criaient sauvagement :

— Cette terre est à nous !

— Voilà, leur dis-je, si quelqu’un vient trop près, je le frapperai entre les yeux avec la hache.

Ils se reculèrent à une petite distance et entre eux ils riaient de la nudité de Iule. Aussitôt je ressentis une grande honte à cause d’elle. Je n’avais pas éprouvé ce sentiment devant le vieillard. J’allai vers celui qui paraissait le plus âgé et doucement je dis :

— Donne-moi un morceau de tes habits pour couvrir celle-ci. Dans la forêt nous allions nus et personne ne nous regardait. Ensuite, si tu veux, je me battrai avec un de vous.

Je parlais là comme un ancien homme descendu des montagnes vers les fleuves. Celui-là aussi s’était confié à l’idée que la force seule décidait du rang des êtres.

L’homme me mesura des yeux et dédaigna mes bras moins musclés que les siens. Il ne savait pas que j’avais vu passer dans la nuée, au large de la mer, les grands marins au cœur enfant et héroïque. Il remua donc ses lourdes épaules et, se tournant vers les autres, il disait en riant :

— Le garçon a sa hache et nous n’avons que nos poings. Ce n’est pas cela non plus qui nous ferait peur.

Aussitôt je jetai la hache, disant :