— Si tu m’en crois, nous suivrons ces hommes.
Autrefois j’aurais jeté le caillou en l’air.
Elle regarda en soupirant du côté où nous étions venus, avec le regret de la forêt laissée en arrière et elle dit :
— Là où tu iras, j’irai.
Nous marchâmes à travers la dune. J’avais donné la hache à l’un des hommes, il la portait sur l’épaule. Je me sentais bien plus fort les mains nues. Dans un repli des sables, un hameau misérable enfin apparut. Une petite fille nous jeta une pierre ; des femmes étaient tournées vers la mer et nous crièrent des injures.
Les hommes leur disaient simplement :
— Celui-là sait les secrets.
Qu’est ce qu’il y avait de commun entre ces gens et nous ? Nous étions venus par la forêt comme un roi et une reine, riches de sources et de vent et d’oiseaux, dans notre jeune nudité heureuse. Au contraire, une grande détresse était sur eux, tous rudes et chétifs, avec des yeux tristes, mangés par le sel. Ils amenèrent devant moi deux de leurs femmes qu’une maladie affreuse rongeait, et à présent tous m’entouraient, criant avec une grande pitié :
— Toi qui connais les secrets, guéris-les.
Mon cœur alors profondément fut remué, voyant qu’ils s’étaient mépris sur mes forces : je ne connaissais que les bonnes herbes de la forêt.