Après tout, elle faisait pour moi partie du bois, avec les arbres et les œufs des nids. J’aurais pu lui tordre les cheveux dans mes poings et la tenir sous moi comme une ennemie terrassée. Elle se serait mise à pleurer sans pouvoir se défendre. Et ensuite j’aurais marché à travers le bois, elle serait retournée à la ville par un autre chemin. C’était là un sentiment qui peut-être me vint de ma louche hérédité. Il me sembla que cette petite était, par rapport à ma conscience d’homme, une humanité inférieure. Voilà, cette chose était en moi comme le caillou dans la terre.
J’éprouvai le besoin de montrer de la décision. Je ramassai une motte de terre et la jetai devant moi, disant :
— Aussi sûrement que j’ai jeté cette terre, j’irai demain travailler avec eux.
Du bout de son pied, elle repoussa la motte et cria aigrement :
— Toi, tu l’as mise ici et vois, maintenant elle est là-bas.
Je m’en allai avec colère sous les arbres. Je sentais bien que si seulement j’avais fait un pas vers elle, elle aurait pensé : — Il en fera un second qui me le ramènera.
Je sifflais comme les oiseaux par dérision de sa révolte inutile ; et j’étais déjà loin, j’aurais voulu ne l’avoir pas quittée.
— Coucou ! coucou ! cria-t-elle. J’entendis ses pieds frapper nerveusement la terre derrière moi. Je tournai la tête et elle était là, soumise et sournoise.
— Pourquoi t’es-tu fâché ? dit-elle. J’irai demain avec toi chez les hommes.
Ses yeux luisaient ironiquement à travers ses cheveux.