— Ils ont mis le feu au troisième four.

Elle ne m’entendit pas : son âme était partie vers la petite maison verte.

Or, à quelques jours de là j’appelai en vain Iule : elle ne vint pas avec les bannes de sable ; et alors je me mis à la chercher du côté des paillotes. Elle n’était pas sous les paillotes.

— Elle est là-bas au bois, me dit mon cœur triste.

Je m’en allai vers le bois, je me mis à courir sous les arbres. Des branches cassées m’indiquèrent le chemin par lequel elle avait fui. L’ancienne senteur subtile, l’arome des serpolets montait de ses foulées et tous les oiseaux chantaient. Dans les ramures profondes cria le coucou. Comme un hoquet, comme un sanglot passa son cri dans la haute vie verte : je n’avais pas encore entendu pleurer ainsi l’oiseau. Le bois m’apparut une jeune éternité, un mystère vierge ; je le considérais avec des yeux frais et nouveaux. O quelles rivières d’ombre ruisselaient sur ma chair calcinée à l’haleine ardente des fours ! Quelles sources divines de paix s’égouttaient des arbres légèrement frissonnants ! Une voix au loin appela.

Ma chère Iule, me voilà maintenant près de toi ! Tu reposes sur l’ancien lit de feuilles de notre hutte, tu tiens tes pieds dans tes mains et rien n’est changé, la hutte est toujours là comme si seulement je venais d’en unir les branches.

— Je savais que tu serais venu, dit-elle en riant franchement.

Elle me mena vers la source, m’offrit l’eau claire entre ses mains et ensuite se mit à lisser ses cheveux. Elle avait repris sa grâce de gentil animal sauvage, sa vie onduleuse et souple. Et moi, en riant comme elle, par folie j’embrassais à présent les arbres en les entourant de mes bras. Je faisais là une chose obscure et spontanée qu’avaient dû faire les hommes des âges en regagnant la forêt après l’exil des villes. Le midi tomba et tout à coup je pensai à la tribu qui nous attendait près des fours.

— Iule, dis-je, je suis venu te chercher. L’ouvrage pressait.

Je parlais avec décision, comme un homme qui a la conscience de son devoir.