— Ce sont les petits de la forêt. A leur âge ! Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire aux autres hommes ?
Il appuya la main à mon épaule.
— Dis-moi d’où tu viens.
— De là-bas, je ne sais plus.
J’avais répondu ainsi aux briquetiers.
Iule se mit à rire.
— Celui-là n’aime pas parler, dit-elle. Mais voilà. Une fois il y avait un arbre dans la campagne, près de la ville. Il est venu vers l’arbre au moment où moi aussi je venais. Jamais nous ne nous étions vus. Nous avons partagé ensemble un morceau de pain. Et puis il m’a prise par la main, nous ne nous sommes plus quittés. C’est comme ça que nous sommes arrivés dans cette forêt.
Maintenant moi aussi je riais, l’entendant ainsi parler comme si vraiment il n’y avait eu que cela dans notre vie.
Cependant elle était plus près de la vérité que si elle eût dit par le détail l’aventure quotidienne de nos famines et de nos caravanes. La vie se limite en quelques lignes essentielles et une petite vague d’un grand fleuve suffit à donner aux rives le goût du sel ou du miel. Mais le vieillard, nous voyant rire tous deux, entra en défiance. La solitude n’avait pas encore exprimé toute l’âcreté de ses anciennes blessures.
— Qui m’assure, fit-il, que c’est là la vérité ?