— Parle-lui, me souffla Iule.
Mais qu’aurais-je dit à cet homme, moi, un si jeune garçon ? J’aurais voulu seulement caresser ses longs cheveux comme un fils.
— Vois-tu, Iule, il vaut mieux que ce soit toi.
Alors hardiment elle fit un pas, toussa et le vieillard à présent nous regardait avec des yeux irrités.
— Qui êtes-vous ? N’entrez pas ici ! Allez-vous-en ! cria-t-il.
Il parlait comme si la forêt lui eût appartenu. J’avais pris la main de Iule et nous n’osions ni avancer ni reculer. Nous ne savions que lui répondre, sortis tout à coup de l’ombre verte, avec nos visages craintifs dans la haute lumière. Il se leva, marcha violemment à travers la clairière. Je regrettai de n’avoir pas emporté la cognée, mais Iule déjà était tombée à genoux et disait :
— Père ! ne nous fais pas de mal.
Personne ne lui avait appris ce mouvement, et elle disait là une chose tendre et filiale, montée du fond de sa vie. L’homme s’arrêta, passa la main sur son grand visage.
— Aucune autre que toi ne m’a appelé par ce nom, dit-il.
Et il nous regardait à présent sans colère. Sa barbe s’agita au vent des paroles qu’il se disait à lui même :