—Ma chère femme, dit-il, le passé est le passé: il n’y aurait plus de raison pour que je n’aille pas faire ma partie avec les camarades, comme autrefois.

Mais ce n’est pas cela que pensait Jasper Joost.

Il se leva, fit sauter de l’ongle un peu de biscotte restée à sa manche, tira son gilet, comme un homme qui va réellement aller faire sa partie. Josina aussitôt songea à lui passer au cou la moelleuse écharpe de laine qu’elle lui avait achetée l’autre semaine; mais ni elle ni Liesje ne purent la trouver. Une gêne paralysait le petit rentier; il tourna son visage du côté de l’ombre; l’ombre elle-même, dans cette chambre tiède, onctueusement baignée des clartés de la lampe, était si transparente que Josina vit distinctement trembler ses lèvres dans le trouble de la mauvaise conscience.

—Oh! fit-elle, cela aussi, l’auriez-vous donné comme tant d’autres choses qui plus jamais ne sont revenues?

—Oui, dit-il, voilà, je dois le dire... Il y avait au port l’autre jour un si pauvre homme qui toussait dans le creux de ses mains...

Et puis M. Jasper se taisait. Mais Josina se désolait:

—Liesje, son écharpe, sa belle écharpe en fine laine! N’est-il vraiment pas à plaindre?

Le canari réveillé par les voix sautilla en fredonnant sur son perchoir, dans la cage en cuivre, et aussitôt cette petite vie joyeuse de l’oiseau jaune fit dériver ses idées:

—Ah! le mignon! Quelle folie! Croirait-il que c’est déjà le jour?

Jasper Joost, craignant qu’elle ne lui reparlât aussi des moufles qu’elle lui avait, vers le même temps, données, se dépêcha de tirer sur lui la porte. Mais elle le rappela pour lui dire qu’elle l’attendrait avec du thé chaud et de la galette parfumée d’une odeur de vanille. Et puis il se trouva dehors, dans la belle neige blanche de la rue.