Les abois de Finette à la fin attirèrent l’attention de Tantin; mais déjà le spitz de Hollemechette et le fox de Moya s’étaient mis de la partie. Ensemble ils entouraient le pauvre diable des fureurs d’une meute.

—Mâtin! v’là cor une fois ta chienne de chienne qu’est lâchée, disait Fré D’siré. T’arrivera malheur avec elle, que j’ te dis. Si j’étais que du gouvernement, j’ mettrais le triple de l’impôt sur ces sacrées sales bêtes-là.

—Finette! Hé! Finette! appelait Tantin en tournoyant sur place comme le gambrinus en zinc qui moulinait au vent sur le toit de la brasserie.

Il arriva que le spitz tout à coup fit une pirouette et s’en retourna du côté de la ruelle. Tantin, rassuré, se remit à contempler la peinture de Fré D’siré.

—Hé! Tantin! fit celui-ci.

—De quoi?

—V’là bientôt le temps de penser à prendre not’ café. J’ crois ben que j’ vas fumer une pipe en attendant.

—T’es ton maître, y a personne pour t’en empêcher.

—Moi, d’abord, j’ suis pour la liberté. On a fait des révolutions pour qu’ chacun y fasse ce qu’y veut faire. Toé, tu vas z-à-droite, moi je vas-t-à gauche, qui qu’a à voir là-dedans? Personne. T’as ton tabac d’sus toi?

Tous deux, assis l’un près de l’autre sur un tas de gravier, maintenant fumaient à grosses bouffées en faisant claquer leurs lèvres juteusement. Ils avaient la conscience d’avoir bien mérité un moment de repos, depuis trois heures que la journée de travail avait commencé pour les autres. C’était un matin délicatement gris où le soleil n’était pas en train, comme s’il se réservait pour le dimanche. Les deux amis, en tirant sur leurs culots, faisaient un brouillard léger par-dessus la marine. Comme il n’y avait pas de vent, la fumée montait droit, très haut.