—Ça ne me disait plus rien.

Et lui aussi maintenant avait son idée qu’il ne lui communiquait pas.

Noémie conclut philosophiquement:

—La cloche ne donne pas toujours le même son.

Là-dessus, encore une fois elle se mettait à rire, et puis elle restait un peu gênée dans l’heure tranquille. Ils sentaient bien tous deux qu’ils ne s’étaient rien dit de la seule chose qui les intéressait sérieusement. Elle était entrée dans le jardin à petits pas distraits, la main derrière le dos, humant l’arome des œillets et des roses. Jean Fauche se demandait ce qu’il allait advenir. Il était en bras de chemise au soleil délicat du matin et, avec ses grands pieds qui se posaient sur l’empreinte de ses petits pieds à elle, il la suivait, les bras ballants. Elle arriva près de la porte de la maison, enguirlandée d’une vigoureuse gloire de Dijon arborescente et dit:

—Comme c’est grand chez vous, monsieur Jean... je veux dire monsieur Fauche.

Il lui fut si doux de s’entendre appeler de son nom baptismal qu’il aurait voulu la prier de ne plus lui en donner d’autre. Il desserra les dents, la minute passa et il n’avait rien dit. Comme maintenant il se tenait aussi devant la porte, elle ne pouvait plus revenir sur ses pas. Sans savoir comment, elle se trouva dans le petit vestibule d’entrée, devant la tête de sanglier pendue au mur.

—Oh! fit-il pour répondre à la surprise qui lui remontait les sourcils, j’ai encore un renard!

La vieille servante s’avança jusqu’au seuil de la cuisine pour voir avec qui son maître causait: apercevant Noémie, elle eut une grimace comme si elle pensait que c’était déjà bien assez pour la maison de ce qui, tous les quinze jours, attirait M. Fauche à la ville.

Le renard était sur l’armoire, des yeux en verre entre ses longs poils de moustache et les pattes bien écartées, tout prêt à se jeter sur la proie. Sa gueule ouverte, aux canines aiguisées pour entrer facilement dans la chair des poules, lui donnait un air de vie. Une cigogne, du haut de son long col, le considérait, le bec ouvert.