—Peut-être j’aurais dû vous dire cette chose avant l’autre, fit-il enfin. Oui alors, il me semble que c’eût été toute ma vie que je vous livrais. Mais voilà, cela, je le retardais toujours: il y a des choses si difficiles à dire!

Noémie eut la perception nette qu’il allait lui confesser pourquoi, tous les quinze jours, il s’en allait à la ville, avec son petit panier à poissons. Le renard n’était plus là pour lui dire avec ses yeux de verre: «Fais comme moi qui suis le renard, sois malin.»

Et c’était elle maintenant qui tremblait. Elle aurait voulu lui mettre la main sur la bouche en disant:

—Je ne veux rien savoir.

—Oh! fit-il après un instant, c’est une triste histoire. Une histoire comme il en arrive à un jeune homme abandonné très jeune à lui-même. Supposez qu’un jeune homme ait un enfant... Oui, un petit enfant... Est-ce qu’on peut abandonner un enfant qui n’a personne au monde? Dites, Noémie, est-ce qu’une pareille chose est possible?

Et alors il lui racontait sa vie, la venue au monde d’un petit être, la mère mourant de l’existence qu’elle lui donnait.

Il levait franchement le front, heureux de n’avoir plus rien à lui cacher. Son visage était loyal et tendre: c’était le visage d’un autre homme qui avait conformé sa vie à sa conscience.

PUIS ILS S’ASSIRENT SOUS LE POMMIER [(P. 50)].

—Il me semble que je ne vous connaissais pas encore, dit-elle. Maintenant seulement je commence à voir dans votre âme.