Elle tira de sa poche un paquet de lettres qu’elle se mit à lire, bien qu’elle les eût relues cent fois. De petites mains y avaient laissé des empreintes grasses; le papier était maculé de pochons d’encre; mais tout de même les bons cœurs naïfs qui avaient écrit cela! Presque chaque jour le piéton avait passé lui apporter la petite correspondance fidèle. Elle l’emportait dans ses courses à travers la montagne, avec la sensation d’être près de celles qui la lui envoyaient. Et ce qu’elle avait fait si souvent, elle le faisait cette fois encore, marchant à petits pas sous les arbres et, à mesure qu’elle dépliait les feuillets, quelquefois décorés d’emblèmes, disant:
—Celle-ci c’est de Delphine... celle-là de Juliette... ou de Léonie, ou de Jeanne... de Constance.
Et elle les nommait toutes. Comme, par habitude, elle avait pris son crayon, elle soulignait les fautes de grammaire ou marquait: «Bien, passable,» pour la rédaction.
Ah! oui, les bons cœurs! les tendres effusions qui déjà avaient quelque chose de l’amour! Léonie lui écrivait qu’elle ne passait pas un jour sans pleurer. Juliette disait: «A vous, mademoiselle, mon cœur pour la vie!» Et sur une des lettres de Constance il y avait une petite tache de sang avec cette ligne: «Votre petite amie et élève qui ne peut plus vivre sans sa chère maîtresse.»
—Quel enfantillage! pensait Noémie en souriant.
Elle se sentait si bien leur maman à toutes, à celles surtout qui n’avaient plus la leur comme la petite Constance, la petite Adèle, la petite Chichi. Un drame avait passé dans leur existence, à celles-là, un drame qui avait laissé un grand trou vide.
Elle en vint ainsi à repenser à Jean Fauche. Son cœur se gonfla: elle pleura longtemps.
—Jean! ah! Jean!
Est-ce qu’elle pourrait jamais se résigner à ne plus voir ce doux Jean Fauche qui était entré dans sa vie à petits pas mystérieux et un jour si tendrement lui avait dit:
—Noémie, voulez-vous être ma femme?