Faites-y, ma mère, un point — si solide que la mort même ne puisse le défaire. — Un vent léger a passé sur le verger, — il a passé d’abord sur les ifs du cimetière.

J’irai au puits, j’en viderai les eaux — je chercherai l’anneau que j’y lançai l’autre jour. — Je suis allée au puits, je n’ai pas retrouvé l’anneau. — Un vent glacé remuait les croix du cimetière.

Non, ma mère, c’est trop tard pour moi d’en aimer un autre. — Celui qui repose là a aussi — mon cœur enterré avec lui. — A présent retirez la clef du tiroir, — plus jamais je ne porterai la robe fleurie.

La clef, jetez-la où l’autre jour j’ai lancé l’anneau.

II
LA CHANSON DE L’ENFANT MORT

Un gentil oiseau a fait son nid — dans la mousse du toit. — Mon petit enfant n’avait pas trois ans ; — un oiseau sous son aile emporta son âme, — comme descendait sur les plaines l’hiver.

L’oiseau n’est plus revenu, — je suis restée veuve de ma vie. — Ensuite les pommiers ont fleuri, — les fleurs du verger étaient roses comme ses petits pieds quand il marchait devant le seuil.

J’ai porté les fleurs à ma bouche, — j’ai cru baiser la chair froide — de celui que je n’ai pu réchauffer. — Et maintenant toujours son ombre — va devant moi au soleil.

Va-t’en, horrible oiseau ! va là-bas — où est partie la petite âme de l’enfant ! — Il n’y a plus de place pour un nid dans la maison.

III
LA CHANSON DE L’ÉPOUSÉE