Nous sommes les Kerels, les francs gars ! — Au carillon des cloches — nous descendons vers les paroisses. — Tue ! tue ! Nos rires sonnent clairs en nos coutelas.
Nos pères aussi étaient gens des bois, — on croyait voir marcher les hêtres et les chênes par les chemins quand ils arrivaient. — Personne n’a le droit de nous commander ; — nous sommes libres partout où reluit — le fer en nos poings.
Frairie ! Frairie ! Nous leur fendrons la panse — nous en extrairons la fressure. — Les boudins juteront et péteront sur le gril. — Dites, mon amour, n’est-ce pas là une belle kermesse ? — Faites brasser une bière fraîche — pour arroser entre vos dents le cœur que nous vous ferons manger.
Nous sommes les Kerels, fiers et loyaux comme nos couteaux. — Ceux qui toucheront à la lame auront la main coupée.
V
LA CHANSON DU SANG
Là où nous passons, il y a du sang dans le ruisseau. — Là où nous frappons, un homme peut entrer son poing — et le bras jusqu’au coude.
Un vrai fils de Kerels est, à son baptême, — ondoyé avec du sang. — On fait, avec le couteau, — une croix sur son cercueil quand il tombe frappé. — Alors le soleil se lève rouge sur le bois, — le jour a le visage d’un homme blessé à mort.
Les Kerels, comme la mer, se sont rués sur les villages ; — ils ont éventré les fermiers gras. — Ils ont fait danser ensuite les femmes — en frappant leurs couteaux l’un contre l’autre. — Leur musique était comme du sang — qui chanterait dans des violons.
Maintenant que de rouges funérailles ont vengé leur frère, — ils regagnent les bois. — Le couchant est toujours rouge — par-dessus les Kerels, quand leur bois ils regagnent.