Lui, dans une agonie exquise et triste, soupirait :
— O Claribelle ! toute la salive de ta bouche n’apaisera pas ma soif d’une chose de toi qui me reste perdue depuis tant de jours affreux. Je meurs, ô Belle ! ô Claribelle ! si je ne puis monter jusqu’à ton sein !
Il entendit qu’elle riait, et tout à coup ses cheveux se déroulèrent ; il fut enveloppé de la nuit profonde de sa chevelure.
— Ne prends peur, ami, lui dit-elle. Tords-les entre tes poings, mes beaux cheveux solides comme la corde qui sonne le glas. Et t’y étant suspendu, tu t’enlèveras ensuite d’un bond léger par-dessus le rebord de la fenêtre. Va, crois-moi, mes cheveux sont l’échelle de soie qui te mènera au bonheur.
Il se hissa, ne sentit plus que le vide ; et Claribelle ne poussa pas un cri, toute raide de douleur surhumaine, accrochée des deux mains à la pierre. Et puis Izolin franchit la fenêtre : ils allèrent vers le lit, et seulement après qu’il fut redescendu, elle resta longtemps morte sous une couronne de sang.
— Claribelle ! Divine Claribelle !
Encore une fois, c’était la nuit. Izolin vint avec l’échelle, il tendit les bras et elle déploya ses cheveux.
— Va, ne crains rien, cria-t-elle. Il m’en reste assez pour nous en faire un linceul !
Et, comme la veille, il s’enleva jusqu’à la fenêtre et ils couchèrent dans le lit, la bouche et les mains jointes.
Maintenant, ô Izolin et Claribelle, vous reposez ensemble dans la même fosse jusqu’au Jugement dernier, car, au matin, les servantes s’étant éveillées, elles vous ont vus tout nus dans l’amour et dans la mort. Et la plus âgée s’est écriée :