—Encore un mois de cette vie réfrigératrice, épiloguait-il, et je serai définitivement guéri. Je pourrai alors lui consacrer le seul sentiment dont je n'aie pas à rougir,—une tendre et discrète amitié. Plus tard, elle saura mes luttes pour la mériter par une possession sans reproches, après lui avoir infligé mes humiliants désirs.

Mais une nuit, dans le sommeil de la maison, elle guettait son retour. Trois lourdes heures d'ennui de nouveau le désabusaient sur les avantages d'un commerce avec les familiers de son Cercle. Comme il rentrait, elle descendait le rejoindre en son cabinet où, selon l'habitude, il s'attardait à dépouiller son dernier courrier.

—Comment! toi à cette heure?

Elle s'excusait, un peu nerveuse. Oui, elle l'avait attendu, elle avait à lui parler, elle ne savait comment elle avait eu la force de souffrir si longtemps.

—Mais que se passe-t-il donc? fit Lépervié, soudainement anxieux.

—Ah! mon cœur est brisé!—Et elle se tordait les mains.—Me croyez-vous si détachée que je ne soupçonne pas les causes de votre éloignement?... Je suis entrée ici pour mon malheur et pour le vôtre. Ne dites pas non, je sais que vous me fuyez. J'aurais dû fuir la première, mais je ne le pouvais pas, je n'en aurais pas eu le courage.

Lépervié se dirigeait vers la porte, prêtait l'oreille un instant.

—Voyons, calmez-vous, ma chère... Cette scène m'est très pénible. Je ne croyais pas la mériter. Et puis, songez donc, quelqu'un pourrait nous entendre. N'auriez-vous pu choisir une heure plus propice?

Elle resta un moment sans parler, dardant sur lui les noires instances de ses prunelles; et enfin, d'une voix basse, montée du plus profond du remords et de la douleur:

—Oui, c'était fatal. Je savais que vous me parleriez ainsi. Accablez-moi, vous en avez le droit. Si vous saviez comme je me méprise moi-même!