Mais déjà, subissant l'injonctif regard, il lui saisissait les poignets:

—Tais-toi, ne dis plus un mot... J'étais si loin de prévoir...

—Mais l'évidence est là... Je vous sais malheureux... Je n'ai plus le droit d'habiter sous votre toit. Et j'étais venue, oui, j'étais venue... Oh! qu'il m'en coûte de dire ce mot que je ne puis cependant différer!

—Quoi! fit-il, aurais-tu la pensée de me quitter?

—Il le faut. Vous m'oublierez ensuite. Je n'aurai fait que passer dans votre vie. Tout sera fini.

Il l'attirait sur le sofa, contre lui.

—Tu n'y penses pas. Voyons, ce n'est pas sérieux... Mais que t'ai-je donc fait? Quelqu'un t'a-t-il manqué?

—Ah! si c'était cela! Mais alors, mon ami, je ne vous parlerais pas comme je le fais. J'aurais la force de rester pour expier. Ne comprenez-vous pas que c'est au contraire leur confiance qui me tue? Leur confiance, oui, et aussi—(après une hésitation)—la certitude qu'en vous délivrant de moi, je vous rendrai la paix qui n'est plus en vous. Ah! j'en meurs! Sentez au battement de mon cœur combien je souffre. (Et elle lui remontait la main jusqu'à son corsage et l'appuyait, cette main tout de suite voluptueuse, aux cônes aigus de sa petite gorge.)

—Non, non! s'écria-t-il, oubliant toute prudence, ce n'est pas vrai que je puisse te perdre! N'es-tu pas la petite fée Amour? Est-ce qu'il est possible qu'après avoir goûté de ton fruit, je renonce à en savourer le délice jusqu'à ce que toi-même, pour mon immuable regret—mais plus tard! ah! plus tard!—me le retires des lèvres! Tu ne t'en iras pas! Je sens, à cette seule menace, combien tu es nécessaire à ma vie!

Elle prit sa tête dans ses poings avec un désespoir qu'elle ne semblait plus même tenter de maîtriser.