Elle lui laçait aux membres les onduleuses caresses de sa luxure de fille; et ce cantique des cantiques de sa passion sénile s'achevait dans les rites désordonnés d'un sombre érotisme.
La tenace présence de Mme Lépervié dans la maison leur avait fait renoncer à leur Messe noire. D'ailleurs la souillure du lit nuptial, par son abus, à la longue perdait de sa saveur. Ils étaient venus alors échouer dans ce logis banalement confortable qui leur procurait l'illusion (après leurs amours routières dételant en des relais d'auberges) d'être enfin chez eux, avec des aises en pantoufles, un plaisir de fines dînettes dont Rakma avigourait ses gourmandises émoussées et qui, furieusement pimentées, aiguisées de salacités virulentes, stimulaient momentanément ses périodiques détentes. Toutefois un soupçon de Mme Lépervié, mais égaré sur de fausses pistes, les contraignit pendant quelque temps à de prudents délais dans leurs rendez-vous.
—Mon ami, lui disait-elle un jour, je ne sais ce qui se passe chez Rakma; mais elle me fait l'effet de se déranger. Je n'augure rien de bon de ses sorties.
—Hein? Quelle étrange idée! balbutiait-il, subitement alarmé.
—Non, je t'assure, ces fréquentes sorties sont peu naturelles, bien qu'elle les mette sur le compte d'une parente valétudinaire à visiter. Il y a quelque liaison là-dessous.
—En vérité, ma chérie (avec une mine sévère), tu la suspectes un peu légèrement; il faudrait au moins des indices.
—Mais ne t'aperçois-tu pas qu'elle se désheure visiblement? C'est en moi, quand elle me regarde, comme l'ennui de la soupçonner fausse, l'ennui d'un mensonge qui me la change et m'éloigne d'elle.
Il avait paru réfléchir, puis avec une rare force de dissimulation (mais il n'était plus homme à s'étonner de si peu):
—Tu as peut-être raison... Je vais discrètement m'informer auprès d'elle du nom et de l'adresse de cette parente... Ensuite, j'irai aux renseignements. Oh! discrètement, sois sans crainte.
—Cependant, mon ami, ne crois-tu pas que cet espionnage...