—Mais alors ce serait la rupture? Car désormais il nous serait impossible de vivre encore sous le même toit! Et pourrais-je me faire à l'idée de te laisser sans une aide dans la vie, abandonnée à toi-même?
—Laissez donc... Quand vous aurez quitté cette chambre, je descendrai après vous, et je me donnerai au premier homme qui passera. Ceci, je vous le jure.
Alors il jeta son chapeau sur la table, la saisit entre ses bras, roula à ses pieds.
—Non, non, tu ne feras pas cela. Je ne le veux pas. Est-ce que je puis d'ailleurs vivre sans toi? Est-ce qu'il m'est possible de cesser de t'aimer? Même avec ton mépris, je demeure ton amant soumis. Et serait-il plus grand encore, je ne te quitterais pas!
Il oubliait sa jalousie, l'injure et tout dans cette joie de la reposséder, de palper des mains les nerveuses saillies de son buste, de voluptueusement humer, en s'y roulant la tête, la chaude odeur de sa ceinture.
—Je savais, dit-elle froidement, que vous ne vous en iriez pas, que tu ne pourrais pas t'en aller.
Et, cette fois, les yeux qu'elle appuyait sur lui dégageaient, avec un tel magnétisme, leurs passionnels fluides que, se fût-il senti quelque force encore pour lui résister, cette force, dans les flammes noires de son regard, se fût immédiatement consumée.
—Oui, tu as raison, balbutia Lépervié, en lui mangeant la peau, je ne sais quel vent de folie m'avait passé. On n'échappe pas à sa destinée. La mienne est de rester attaché à toi comme ma chair à mes os, et d'être sous le talon de ta bottine le cœur que tu peux broyer, s'il te plaît. Un lien, ah! c'est vrai, c'est vrai! une chaîne dont les anneaux ont été trempés dans notre sang,—une chaîne torsée avec nos nerfs et nos fibres nous tient accrochés ensemble. Mais un bout de la chaîne en ta main est comme la laisse par laquelle tu me mènes, et le poids entier, c'est moi qui le porte, car j'en suis le forçat!
Elle égarait à son cou le tapotement d'un doigt câlin.
—Ah! papa président, vous ne serez jamais qu'un grand enfant.