En effet, Mme Lépervié les avait aperçus et se dirigeait à leur rencontre, un pliant sous le bras, prête à descendre à la plage.
—C'est donc vous, ma chère? dit-elle en tendant la main à Rakma. Vous savez que vous êtes toujours la bienvenue. (Mais pourquoi le ton de ma voix récuse-t-il la cordialité de ces paroles, pensait-elle, troublée.) Et puis, il y avait longtemps déjà... Vous nous manquiez. Demandez au président... Mais j'y pense: vous seriez bien aimable, mon ami, si vous vouliez...
Elle venait de remarquer que Rakma portait avec lassitude son sac de voyage; elle le lui prenait, le passait à Lépervié en le priant de le remettre au concierge de l'hôtel. Pendant ce temps, elles iraient rejoindre les enfants sur la digue.
—Monsieur le président me paraît un peu souffrant, insinua négligemment Rakma en évitant de regarder Mme Lépervié, quand elles furent seules.
Mme Lépervié parut gênée, dit précipitamment:
—Ah! vous vous êtes aperçue, vous aussi?
Et au bout d'un instant elle ajouta sèchement:
—Mais du tout. C'est une erreur. Je vous assure que le président va très bien, à présent. Tenez, portez donc ce pliant.
—Oh! elle est femme, pensa Rakma. Elle veut me faire sentir qu'elle seule a le droit de prendre attention au président... À présent il va très bien... à présent que l'autre n'est plus là. L'autre..., moi peut-être! Oh! elle ne sait rien, et pourtant elle sait!... Eh bien, soit, je le porterai, ton pliant, comme la domestique que je suis, que tu me fais sentir que je suis. Mais porte ta croix, toi, jusqu'à ce que tu en tombes sur les genoux.
—Et cette pauvre parente, ma chère? demandait Mme Lépervié avec intérêt.