Alors, quoi d’étonnant à ce qu’il accueille favorablement la si noble pensée de consacrer aux morts éparpillés qui grelottent dans les champs, le profond caveau de Reims?
Qu’importe la désaffection de l’église?
Le canon ne l’a-t-il pas consommée déjà?
Quelle conscience catholique protesterait contre la réunion des cendres des soldats catholiques, protestants, israélites ou mahométans? N’ont-ils pas été frappés, tous, pour la Justice! la Fraternité dans le devoir humain qui dépasse les dogmes, doit-elle cesser dans la mort?
Et pourquoi la vie rentrerait-elle dans le temple? La divinité, qui en a été chassée, n’y rentrera-t-elle pas avec les morts?
La vie? Quelle vie? Des cérémonies? Des Te Deum officiels? Des enterrements prétentieux? Des tentures à crépine d’or «habilleraient» les piliers criblés d’éclats? Des indifférents écraseraient les dernières larmes d’azur tombées des vitraux pulvérisés? La vanité s’étalerait là même où la flamme a purifié le sanctuaire?
Désormais, un seul encens y doit brûler: celui des absoutes; une seule musique y vibrer: le chœur des lamentations; une seule prière y monter: l’hommage aux martyrs dont le sacrifice n’aura pas été vain.
On a trouvé des millions pour la construction du Sacré-Cœur, on en trouvera encore bien davantage, pour l’édification d’une Basilique nouvelle en un point choisi de Reims.
Et tandis que les portes de l’Eglise s’ouvriront à la vie d’après-guerre, dans l’éclat, la pompe, le faste et même la joie par quoi sera célébré un renouveau rédempteur..... sublime, avec les trous béants de ses verrières éteintes, ses cicatrices innombrables, ses statues mutilées, ses colonnettes tordues, la grande aînée refermera le mystère auguste de son ombre et de son silence sur les Braves qui, de leur sang, ont signé le chapitre le plus terrible de l’Histoire du monde.
Je vous prie, Monsieur, de bien vouloir excuser la liberté que j’ai prise et, de recevoir l’expression de ma haute considération.