[Note 3: Ch. Monselet.]

Le vélocipède ne vient pas de loin; ses ancêtres sont la draisienne, inventée en 1816 par le baron de Sauerbron, et le célérifère en vogue en 1818; ils consistaient en une selle allongée, montée sur deux roues d'égal diamètre et assez basses pour que le cavalier put frapper le sol, tantôt du pied droit, tantôt du pied gauche, afin de donner l'impulsion à la machine; on pouvait faire ainsi du 12 à l'heure. On ignorait alors la pédale à chaîne ou dispositif à cordes, qui ne fut inventée que vers 1855. Un enfant, le jeune Michaud, s'amusait un jour avec un vieux tricycle, quand il eut l'idée d'enlever une roue et, en jouant avec ce nouvel appareil, d'actionner la roue de devant avec les pieds; ce fut le point de départ du vélo; car Michaud, serrurier en voitures à Paris, fut ainsi amené à créer le vélocipède, qui se fit en bois, en fer, puis en acier. On sait quelle fut sa fortune; des perfectionnements successifs: freins, gouvernail, rayons, bandage d'étoffe et de cuir aux roues, caoutchouc, pleins, creux (1889) et pneus (appliqués par Dunlop) marquèrent les étapes du succès en dépit des résistances et de l'hostilité, qui accueillent toute invention nouvelle. Le cycle devint le roi du sport. Le bicycle précéda la bicyclette; nous laissons sa description à une plume plus autorisée. (Note: Alfred Capus, 1890.)

«Tandis que le cyclone ravage la province, Paris est victime d'un autre fléau, auquel les savants ont donné le nom de bicycle. Tout le monde sait ce que c'est qu'un bicycle, ne serait-ce que pour avoir été renversé par un de ces dangereux instruments. Rappelons seulement qu'il se compose de deux roues, comme son nom l'indique. Celle de devant est d'une mobilité extrême et a pour but de pénétrer entre les jambes des promeneurs distraits, de façon à les projeter sur le sol. Celle de derrière sert de point d'appui au bicycliste. Un bicycliste adroit et expérimenté peut renverser de vingt-cinq à trente personnes par jour… c'est surtout l'enfant qui est le triomphe du bicycliste. Il peut en renverser trois ou quatre d'un seul coup et détruire un pensionnat en moins d'une demi-heure». Mais l'équilibre était trop instable sur le bicycle, comprenant une grande roue motrice et une petite roue d'environ 0 m. 40, et les chutes en avant étaient trop nombreuses. Le tricycle, non encore muni de moteur, ne convenait qu'aux gens paisibles. La «bécane» rallia tous les suffrages; la première fut construite en Angleterre en 1880. Elle se compose de deux roues égales réunies par un cadre; celle d'arrière est motrice et l'effort sur la pédale lui est transmis par une chaîne, munie de deux engrenages multiplicateurs. Dans l'acatène (sans chaîne) la transmission a lieu par une tige métallique et un double engrenage.

De nouveaux perfectionnements sont apportés chaque année à la bécane, qui est presque parfaite: frein sur roue d'arrière, roue libre, changement de vitesse, rétropédalage, etc. Lorsqu'on achète une bicyclette il ne faut pas prendre un développement trop élevé: 6 mètres à 6 m. 80 convient pour la plaine, 5 mètres à 5 m. 50 pour les routes ordinaires, 5 mètres au maximum pour les régions montagneuses.

La bicyclette est autant un moyen de transport qu'un sport; sa pratique ne peut qu'être bonne à la santé, si on n'en abuse pas; elle n'occasionne d'accidents qu'aux téméraires. Beaucoup de cyclistes négligent de se munir d'un frein, parce qu'on peut freiner, soit en appuyant sur les pédales, soit avec le pied sur le sol, soit encore avec le pied sur la roue d'avant; c'est une imprudence. Ceux qui voyagent en montagne ont la ressource d'attacher pour les descentes, à la roue d'arrière, une grosse branche d'arbre, qui, traînant sur le sol, fait office de frein.

Les courses se sont multipliées, sur routes (Paris-Brest, Paris-Bordeaux) comme sur pistes dans les vélodromes, avec ou sans entraîneur, épreuve scratch ou épreuve handicap de vitesse ou de fond. Les champions sont arrivés, derrière motocyclette, à faire tout près de 100 kilomètres à l'heure. Les championnats ne sont d'ailleurs réglementés que depuis une douzaine d'années.

Enfin la bécane permet des variations sans nombre, marche en arrière, courses de lenteur, jeux et acrobaties de toute nature.

=Motocyclette.=—Voulez-vous avoir la sensation de la vitesse? Faites de la moto. Ceci est admirable qu'un amateur puisse couvrir sur routes, sans aucun effort, des 40, 50 kilomètres et plus, à l'heure, avec simplement deux roues entre les jambes. Toute moto ou bicyclette transformée comprend nécessairement: moteur à deux ou quatre temps, carburateur à pulvérisation, bobine d'induction, accumulateur (magnéto ou pile), transmission (chaîne, engrenage, courroie), réservoir d'huile, d'essence, d'eau.

Si l'on fait ajouter des engins moteurs à une bicyclette, il faut avoir soin de faire vérifier la solidité des diverses parties de la machine, et si possible de les faire renforcer: la fourche principalement doit être très solide; exiger des pneus résistants et un cadre très rigide. Il faut que les organes puissent résister: 1° aux vibrations; 2° à l'augmentation de vitesse; 3° à l'augmentation de poids. On construit pour courses des motos d'une force de 6, 8, 10 chevaux à deux et quatre cylindres; il est plus pratique de se contenter de 2 à 3 chevaux, la moto ne pesant que 35 à 55 kilos; généralement on emploie alors le moteur à un cylindre. Le moteur est au pédalier.

Avant d'entreprendre une excursion un peu longue, il sera bon d'apprendre à bien connaître sa machine, de savoir manoeuvrer à propos les manettes, enfin de devenir un peu mécanicien, pour obvier aux pannes; car rien n'est moins drôle que de traîner une moto inerte. Mais elle est maintenant assez perfectionnée pour satisfaire ses fervents. C'est un sport passionnant, dont le succès ira croissant et qui ne peut manquer de se démocratiser.