=Les sports dans l'antiquité:=

A l'origine.—Un humoriste a dit que l'histoire du sport commence au moment où Adam et Ève franchirent le seuil du Paradis. Il est du moins certain que, dès que les hommes purent former une petite société, peuplade ou tribu, ils durent s'exercer en commun au combat corps à corps, au maniement de la masse, de la hache et du tomahawk, au jet de la lance ou de la sagaie, au tir à l'arc, au lazzo, à la danse de guerre, c'est-à-dire qu'ils transformèrent en divertissement ce qui leur avait été d'abord une nécessité. Des civilisations plus raffinées, celle de l'Égypte, par exemple, mirent plus de méthode dans la culture physique.

En Grèce.—Mais c'est en Grèce que l'on trouve un esprit vraiment sportif. Homère rapporte déjà que l'on célébrait des jeux aux funérailles des guerriers de marque. Plus tard, on mit un soin égal à former le corps et l'esprit. Les lois de Solon obligeaient les jeunes Athéniens à se livrer à la gymnastique. Les enfants fréquentaient de douze à dix-huit ans les palestres; dans les gymnases, ouverts à tous, adolescents et hommes mûrs rivalisaient de force et d'adresse; c'est là que se formaient les athlètes (du grec athla, prix), qui devaient prendre part aux grands concours nationaux.

La population de l'Hellade tout entière se passionnait pour les jeux célébrés en grande pompe à Olympie, à Athènes, dans l'isthme de Corinthe. Les vainqueurs, ceints d'une couronne d'olivier ou d'une guirlande de feuilles de pin, traversaient la Grèce en triomphateurs; leur ville natale, fière de leur gloire, les accablaient d'honneur; les poètes célébraient magnifiquement leurs exploits et ils vivaient dans la mémoire des hommes à l'égal des plus sages législateurs ou des plus habiles généraux.

Les athlètes devaient exceller dans cinq exercices: saut, lutte, course, lancement du disque et du javelot, qui, mettant en action tous les muscles, prévenaient la déformation du corps. L'Hellade, patrie du beau, avait le culte inné de la beauté corporelle. L'éducation physique, basée sur les principes de la thérapeutique, développait la souplesse et la grâce autant que la force. Ce peuple, merveilleusement artiste, qui plaçait ses jeux sous l'égide de Vénus et d'Apollon, éleva le sport à un degré de pureté et d'harmonie, qui n'a plus été atteint et qui reste à nos yeux comme un magnifique idéal.

A Rome.—La beauté grecque fut remplacée par la brutalité romaine: les premiers Romains pratiquèrent également le saut, la course, le pugilat, la lutte et généralement les exercices qui préparaient à la guerre, sans que les enfants d'ailleurs fussent obligés de fréquenter les établissements de gymnastique; mais on ne retrouve plus la même culture complète et rationnelle, le même souci d'élégance.

Le peuple romain, amoureux des fêtes, réclamait «panem et circenses», le cirque aussi bien que le pain. Pour ménager leur popularité, les consuls et empereurs prirent la coutume de donner des jeux auxquels ne prenaient part active que les professionnels. Peu à peu, la populace blasée et l'aristocratie corrompue exigèrent des spectacles de sang. Assurés de périr, les gladiateurs saluèrent le souverain du fameux «Ave, Caesar morituri te salutant», César, ceux qui vont mourir te saluent. Le rétiaire jetait son vaste filet sur le mirmillon armé d'une courte épée. Des gladiateurs à cheval, ou montés sur des chars, s'entretuaient dans les cirques. Des galères se heurtaient dans les naumachies. Puis ce furent les massacres en grand, des combats de bêtes féroces, des centaines de captifs égorgés ou livrés aux lions, aux panthères, aux ours, des supplices raffinés, des repas de chair humaine sur les arènes, arrosées d'eau de senteur, et aux acclamations d'une foule délirante. Cette férocité indiquait la complète décadence des sports; quelques particuliers se livraient au jeu de paume, à la gymnastique; mais l'idéal grec semblait perdu.

=Les sports en France.=—L'ancienne Gaule connut des jeux assez brutaux; les Gaulois prenaient plaisir aux combats singuliers. On vit Pépin le Bref, roi des Francs, entrer dans une arène, où luttaient un lion et un taureau et les abattre de son épée. Le roi n'est-il pas d'ailleurs, aux termes du «Roman de la Rose», «le plus ossu, le plus corsu?»

Pendant tout le Moyen-Age, il fallait que chacun fût en mesure de défendre sa vie, continuellement menacée. On se souciait alors fort peu de l'instruction, abandonnée aux seuls moines; il ne s'agissait que d'être fort, le plus fort. Aussi les nobles consacraient-ils la plus grande partie de leur temps à manier l'épée à une ou à deux mains, la lance, la masse d'arme, tandis que le peuple s'exerçait à l'arbalète, à l'arc, à la hallebarde, à l'épieu.

La chevalerie adoucit les jeux et les transforma en divertissements luxueux, chantés par les trouvères et troubadours. Les tournois mettaient en valeur la grâce et la vaillance des seigneurs; ceux-ci étaient encouragés par la présence des dames dont ils portaient fréquemment un gage sur leurs armures; il arrivait qu'un adversaire s'emparât de ces gages qui pouvaient être renouvelés. On raconte qu'après un tournoi «les dames s'en allaient les cheveux sur leurs épaules et leur cotte sans manches, car toutes avaient donné aux chevaliers pour les parer, et guimpes et chaperons, manteaux et camises, manches et habits»; lorsqu'elles s'en aperçurent «elles en furent comme toutes honteuses, mais sitôt qu'elles virent que chacun était dans le même état, elles se mirent toutes à rire de leur aventure».