— Oui ! cria-t-il désespérément. Oui ! parce que tu étais trop jeune… et puis, surtout, que tu étais une pauvre petite fille mal élevée, mal dirigée, dévoyée comme à plaisir par des parents égoïstes et inconscients… Et que, telle que tu étais, je devais te savoir incapable de devenir une épouse… Ou alors, il aurait fallu que tu aimasses ton mari… un mari de ton âge… Que tu l’aimasses d’amour, profondément, follement !… Oui, cela seul pouvait agir sur toi, te métamorphoser, chasser de toi toutes les scories qui y étaient amassées… Au lieu que moi !…
Elle l’écoutait sans émotion, en souriant affectueusement. Elle répéta, gentiment moqueuse :
— En vérité, tu regrettes que je sois ta femme ? Moi, je croyais que tu m’aimais… Voyez comme on se trompe !…
Il gémit douloureusement.
— Cady, ne t’amuse pas à me faire mal !… Je t’adore !… Mais tu ne saurais imaginer quelle souffrance aiguë c’est pour moi… quel remords atroce je ressens lorsque je me demande parfois si, comme tu le disais tout à l’heure, il n’y a pas du vice dans mon amour… Si je n’ai pas fermé les yeux lâchement et commis un crime en unissant ta jeunesse, ta gaminerie, ta tête folle à mon âge mûr !…
Elle rit :
— Oh ! un crime, c’est beaucoup dire !… Et puis, qu’est-ce que ça te fait ?… Il est légitime… la loi le bénit !… D’ailleurs, tu ne m’aimes pas que comme cela…
Il reprit avec ardeur :
— Tu as raison !… Oh ! oui, ma chérie, je ne t’aime pas uniquement comme tu me le reproches… Tu es ma vie, mon tout… Je n’ai pas de passé qui ne soit toi, pas d’avenir où tu n’absorbes toute la place… Tu emplis tout mon cœur, tout mon esprit, toute mon imagination…
Il s’arrêta pendant un instant, haletant, et recommença à voix plus basse, plus lente, pénétrée d’émotion.