Brusquement, Cady envisagea les conséquences de cette décision. Victor, rester à la maison ?… Alors, pour elle, sa liberté était perdue !… Et les rangements à terminer là-bas ?… Une révolte, une colère l’envahirent, la pâlirent, firent trembler ses lèvres… Non, non, rien ne l’empêcherait de courir passage Porsin !… Mais, comment s’y prendre ? Quels prétextes invoquer ?… Car elle ne doutait pas de l’étonnement, de l’incrédulité de son mari si elle lui déclarait qu’elle avait des « visites indispensables » à rendre ce jour où, par hasard, il devait rester chez lui. Elle n’était malheureusement pas la mondaine avérée qui, quoi qu’il se passe chez elle, sort à heure fixe, immuablement, pour le « jour » de celles-ci ou de celles-là.

Or, ce qu’elle redoutait le plus, ce qu’elle savait le plus dangereux, à cause du genre d’esprit du juge d’instruction, c’était de provoquer en lui des surprises, de lui donner l’éveil par des obscurités qu’il n’aurait de cesse d’éclaircir.

Pourtant, certes, elle ne céderait pas. Elle sortirait !…

La cuisinière eut la stupeur de la voir entrer comme une trombe dans son domaine, où jamais la jeune femme ne faisait la plus brève apparition.

— Dites-moi, Marie, quelle tisane peut-on faire pour monsieur, qui a la grippe, afin de le guérir tout de suite ?

La femme répéta, confondue :

— Une tisane ?… une tisane pour monsieur ?

— Mais oui, voyons, vous n’entendez pas ? Vous ne connaissez pas de tisanes pour le rhume ?

— Oh ! si, madame ! Il y a le tilleul, la bourrache, les quatre-fleurs…

— Vous avez de ça ?