— Mais oui, madame, j’irai, ce ne sera pas long ! En attendant, Marie pourrait toujours faire un lait de poule… deux œufs battus, dans du lait et du bouillon, c’est souverain.
La cuisinière, piquée par cette intervention, voulut prouver sa bonne volonté.
— J’ai de l’orge mondé ; dans dix minutes, cela sera prêt !
Cady se leva et commanda, l’air inspiré :
— Très bien ! Marie, faites la tisane d’orge ; Joséphine ira chercher les quatre-fleurs et le tilleul. Moi, je me charge du lait de poule !
Joséphine rattacha son tablier blanc, tapa sur sa chevelure, échangea ses pantoufles de feutre contre des bottines qu’elle négligea de boutonner et s’élança dans l’escalier de service, pleine de zèle. Pendant ce temps, la cuisinière, mettant à l’écart le bifteck et les pommes de terre frites du déjeuner, se hâta de placer sur le fourneau deux casseroles de lait et de bouillon.
Cady s’activait de même, bousculant tout pour trouver un bol, un fouet, des œufs.
Marie, tout en tournant l’orge en plein feu, recommandait :
— Madame mettra ses œufs d’abord dans le bol et délayera doucement avec le bouillon chaud, pour ne pas que ça cuise les jaunes trop à la brusque… elle ajoutera une tasse de lait, une pincée de sel et deux bonnes cuillerées de sucre en poudre.
— Bien, bien ! fit Cady impatiente.