Victor appela Cady en souriant avec tendresse.

— Maintenant que nous sommes seuls, viens, petit monstre, me demander pardon pour l’horrible drogue que tu m’as fait boire…

Mais Cady, réveillée de l’espèce de torpeur qui l’insensibilisait naguère, bondit sur place, comme un chat en fureur.

— Ah ! zut, zut, zut ! Si on reparle encore de cela !

Et, sans écouter son mari qui lui conseillait affectueusement d’aller prendre l’air pour se détendre les nerfs, elle se précipita dans sa chambre, se jeta à plat ventre sur la chaise longue, enfouit son visage dans les coussins, et ragea silencieusement, tellement outrée de tout que même la perspective de se rendre à l’appartement du passage Porsin lui était insupportable.

Elle s’endormit.

Un bruit léger et continu la réveilla. Elle se souleva et écouta. La nuit était complètement venue et la pluie fouettait le balcon.

— Quelle chance ! pensa-t-elle, sans savoir le moins du monde pourquoi elle se réjouissait de cette pluie et de cette obscurité.

Et elle se leva doucement, se chaussa sans appeler sa femme de chambre, mit un chapeau, passa un grand vêtement sombre sur sa robe d’intérieur, prit le parapluie de Victor et se glissa hors de l’appartement en chantonnant.

Dehors, le trottoir luisant, les gouttes dégringolant de toutes parts, le souffle d’air vif l’enchantèrent. C’était comme si ce déluge, ce vent lavaient et emportaient ses soucis précédents.