Les palmiers, qui, auparavant, semblaient des silhouettes japonaises sur un fond peut-être de vide, se dessinaient nets, en vert lumineux sur la muraille tapissée de moire rayée blanc sur blanc. On distinguait l’élégance harmonieuse des oreillers, des draps ornés de guipure du lit, du couvre-pied de satin bleu pâle, du tapis blanc à ramages verts couvrant le sol.

Cady recommença la minutieuse et amoureuse inspection de toutes les pièces, rangeant de-ci de-là, pour le seul plaisir de toucher, de palper ses trésors.

Par crainte de s’oublier en ce lieu perdu, où elle goûtait un anéantissement si charmeur, elle avait monté un petit réveil placé dans la cuisine, et dont la sonnerie, à sept heures précises, la rappellerait à ses sujétions inéluctables.

A la fin, un peu lasse, elle gagna la chambre arabe et s’étendit sur les coussins.

Pas un bruit ne parvenait jusqu’à cette pièce close, perdue au milieu des murs. Il y régnait une clarté très atténuée, l’électricité étant enfermée en des lampes de cuivre ciselé aux globes opalins, et les tapis de chaude coloration foncée absorbant encore la lumière.

L’émail du brûle-parfum luisait par cent petits yeux ronds fixes, inquiétants.

Et, peu à peu, la rêverie de Cady, en ce silence, cette immobilité, cette torpeur lourde, dans l’odeur un peu âcre des tentures, dégénéra en un singulier malaise.

Elle avait l’impression d’être enfermée dans un tombeau.

— Si je mourais ici subitement, pensait-elle, personne ne me retrouverait…

De partout, de tout autour d’elle, la peur, une peur envahissante, irrésistible, sourdait, l’enveloppait, faisait d’elle, si insouciante et hardie d’ordinaire, un petit être fragile et tressaillant.