— Cady !… Comment aurais-tu voulu vivre pour être tout à fait heureuse ?… Je dis, en imagination, pas des choses possibles, naturellement.

Elle répondit immédiatement :

— Quand j’étais petite — et depuis je n’ai rien trouvé de mieux — j’aurais voulu naître toute seule sur une île déserte, où il aurait toujours fait chaud, où le soleil aurait lui sans discontinuer… où il y aurait eu beaucoup de très grands arbres, une quantité d’animaux pas méchants et de petits ruisseaux clairs courant très vite, avec, au fond, des cailloux de couleur, sans jamais de mousse verte dessus, et qui restent luisants quand on les tire de l’eau.

— Mais personne ?… Tout à fait personne ?

— Pas un être humain, oui… C’est surtout cela qui serait nécessaire.

— Des personnes désagréables, je comprends, mais des personnes bonnes, qu’on aimerait ?…

— Tu me dis : « Pour être tout à fait heureuse ». Eh bien, je n’imagine pas le bonheur parfait, inaltérable, si l’on a d’autres êtres autour de soi.

— Dans ton île déserte, tu n’aurais même pas voulu de moi ?

Elle hésita.

— C’est-à-dire que, naturellement, te connaissant, je n’aurais pas eu le courage de te renvoyer, mais alors ça n’aurait pas été le bonheur fixe, certain…