— Pourquoi ?
— Parce que l’on a toujours du chagrin quand on aime vraiment quelqu’un… On se préoccupe trop de ce qu’il pense, de ce qu’il souffre, de ce qu’il désire…
— Tu ne te serais pas ennuyée, toute seule ?
— Je ne sais pas… Je ne crois pas… Je n’aurais pas du tout pensé… J’aurais beaucoup rêvé…
— Rêver et penser, est-ce que ce n’est pas la même chose ?
— Oh ! non !… Penser, c’est réfléchir à des choses nettes, c’est raisonner… c’est presque toujours triste, ou alors c’est banal… Rêver, c’est se laisser aller à des impressions vagues, en dehors de soi… Cela vous apporte le charme imprévu, la perpétuelle nouveauté de ce qui vient de l’extérieur… On se fatigue en pensant, on se repose en rêvant.
Georges songeait.
— Moi, j’ai une idée du bonheur tout autre… J’aurais voulu rester toujours enfant… avec une mère qui m’aurait tendrement aimé, et puis toi qui ne me quitterais jamais… Dans ces conditions, ça me serait égal n’importe où je vivrais, n’importe comment je serais, riche ou pauvre.
Cady se récria avec vivacité :
— Pourquoi une mère ? Je ne t’aurais pas suffi ?