Elle se voulait belle, et choisit absurdement, pour cette course matinale et dérobée, une toilette fragile, d’une élégance déplacée. Tunique de gaze noire sur un fourreau de moelleux satin vert, ceinture à longs pans toute brodée, chapeau à calotte verte, aux larges bords noirs, avec une pluie de plumes pleureuses noires renouées de vert.
Au travers de la gaze légère, son cou, ses bras, la naissance de sa gorge transparaissaient, chair mate et délicate.
Et elle qui, habituellement, détestait les nombreux bijoux, passa un lourd sautoir surchargé de breloques bizarres, entassa des bracelets sur ses poignets découverts par la manche courte, mit des bagues à ses doigts, avec l’impérieux besoin de se parer, de se faire la plus belle, l’idole la plus riche, la plus orgueilleusement superbe pour celui qui l’attendait.
Elle s’enfuit de l’appartement sans bruit, fila le long du quai, et parvint toute haletante à la porte des Tuileries.
Georges, sobrement et élégamment mis, l’air très gentleman ce jour-là, l’attendait adossé à l’un des piliers de la grille. Ses traits fins et mobiles exprimèrent un ravissement à la vue de la jeune femme.
— Viens, oh ! viens ! fit-il bas, en un murmure pareil à une caresse, comme s’il l’entraînait dans une invisible alcôve.
Elle prit son bras, se colla à lui.
— Je t’adore…
Ils demeurèrent pendant quelques instants silencieux, éperdus, savourant une joie indicible, un véritable enivrement à se rencontrer en plein jour, dehors, comme deux amants libres.
Et, sans logique, il eut une défaillance, la désirant aveuglément.