— Tiens donc, comme tu es poli !… Est-ce qu’on ne me regarderait pas, même si j’avais une petite robe de quatre sous ?
Il la contemplait, émerveillé.
— Tu es jolie… Plus jolie vraiment que je ne croyais.
Comme elle riait à ce compliment naïf, il expliqua :
— Je veux dire que tu portes la grande toilette d’une façon épatante… il n’y en a pas beaucoup comme toi… Et puis, tu as plusieurs beautés ; on ne sait laquelle est la mieux… Vrai !… Cady en tailleur, Cady en kimono, Cady en falbalas, c’est trois Cady !
Elle n’avait pas mis de gants ; elle posa la paume de sa main nue sur la bouche du jeune homme.
— Tais-toi !… regarde, c’est trop joli.
Ils filaient à toute allure dans les Champs-Élysées, dont les marronniers étaient déjà couverts d’un moutonnement de feuilles fraîches, veloutées, d’un vert éclatant et uniforme. Les bas-côtés n’avaient guère de promeneurs à cette heure, mais déjà les autos courant vers le Bois et la campagne emplissaient le milieu de la chaussée avec un ronflement sonore et continu. On passa en vitesse au pied de l’Arc, et la course s’accéléra encore dans l’avenue, où s’élevait une brume de poussière, tandis que de nombreux arroseurs dirigeaient les gerbes neigeuses des tuyaux sur les pelouses, la jeune verdure des massifs, le vaste trottoir et la voie au sable labouré des cavaliers.
Beaucoup d’arbres étaient encore dépouillés ; certains se couvraient de fleurs. Dès la sortie du Métro, une foule endimanchée s’élançait dans un seul sens, sans remous, d’un seul courant pressé vers le Bois.
Cady et Georges descendirent au lac. Un nuage passager atténuait l’éblouissement du soleil, d’ailleurs prêt à reparaître ; cependant, l’eau miroitait, encadrée par les masses des sapins. Et, là-bas, l’épaisseur du bois semblait une toile de pointilliste avec ses innombrables troncs gris parsemés de petites feuilles vert lumineux, disséminées en taches rondes, répandues parcimonieusement sur les basses branches, et formant déjà une masse compacte là-haut, au-devant de l’étendue cendrée du ciel.