Ils s’enfoncèrent dans les petites allées, le bras de Georges enserrant celui de Cady. Quelque chose d’ineffablement tendre et chaste les unissait. Et jamais encore ils ne s’étaient à ce point sentis détachés de l’humanité, de toute l’existence qu’il leur fallait subir, et à travers laquelle ils passaient en étrangers.
Puis, le sous-bois les tenta, et ils avancèrent à l’aventure, guettant le sol, examinant les troncs, les arbustes, les rejetons, les plantes, tout ce qui, un peu anémié et chétif, animé néanmoins par la sève du printemps, poussait vers le ciel : bourgeons rouges, jeunes branches, tiges frêles et molles, feuilles luisantes, unies ou gaufrées, rondes ou ovales, lisses ou aux nervures capricieuses…
Ils étaient parvenus à un creux où se voyait un vestige de construction ruinée : pierres éparses que la mousse, le lierre et les ronces recouvraient en partie. Cady poussa un cri joyeux.
— Des violettes !… des violettes de chien !
Elles se dressaient en trois touffes, d’un mauve pâle, très ouvertes, presque semblables à des pensées aux minuscules têtes curieuses, avec leurs pétales érigés droit, et leur cœur blanc strié de brun, où semblaient luire de petits yeux futés.
Georges s’étonna.
— De chien ?… Pourquoi « de chien » ?
— C’est Mathurine, ma vieille bonne, qui appelait ainsi ces sortes de violettes.
Tous deux penchés ils cueillaient les fleurettes fragiles.
— Qu’est-ce qu’elles ont de particulier ?