XXII
Lorsque Cady arriva sur le quai de la gare de P.-L.-M., devant le train spécial qui devait conduire les invités du Paris-Soir à l’inauguration du Printemps-Palace, la première personne — non qu’elle aperçut, mais qu’elle vit — fut Georges.
Dans la demi-clarté du hall, en face de la masse carrée, puissante, majestueuse des wagons-lits, au milieu de la gaie cohue de ces voyageurs qui se connaissaient tous, ou tout au moins se reconnaissaient, se saluaient, s’évitaient, potinaient, flirtaient, parmi cette foule élégante, la silhouette fine, le charmant visage du jeune homme semblaient resplendir, se détacher, s’imposer.
Et ce n’était pas Cady seule qui subissait cette impression ; tous la partageaient ; Georges était en un de ces jours de beauté, de séduction que, parfois, l’on n’atteint à ce degré suprême qu’une seule fois en sa vie. Hommes et femmes le remarquaient, posaient sur lui des regards étonnés, sympathiques ; car il y avait cette particularité que la beauté de Georges n’inspirait aucune jalousie, aucune aversion instinctive aux autres hommes.
Les jugements, du reste, variaient avec les individus.
— Une figure intéressante, observa un haut personnage de la police, fugitivement intrigué.
— J’imagine Jacques de Casanova tel que cet éphèbe, déclara le peintre Randon qui se piquait à tort de littérature.
— Quel est ce délicieux petit garçon ? demanda mi-sérieux, mi-plaisant, le ministre à Hubert Voisin, qui lui faisait les honneurs du quai avec une cordialité de souverain recevant un autre souverain.
Le directeur du Paris-Soir sourit en faisant un geste d’insouciance.
— Rien… un petit gigolo… Vous le retrouverez dans la loge de Rosine Derval.