Marie-Annette affecta un effarouchement.

— Qu’est-ce que tu as, Cady ?

— Je suis grise ! déclara-t-elle.

Argatte la déshabillait du regard.

— Je ne sais pas si je bats un record, mais vous, nom d’un chien !… c’en est gênant !…

Elle avait rejeté son grand manteau de voyage et apparaissait svelte en sa petite robe ridiculement étroite, d’un gris pâle, très simple, avec l’encolure ouverte entourée d’une dentelle princière.

Ses cheveux dorés s’échappaient en grappes touffues du grotesque turban-chapeau-bonnet de paille et de satin gris, aux deux gros paquets de pâquerettes pendillant de chaque côté du visage. Sans corset, souple, gracile et potelée, elle paraissait sournoisement nue, s’exhibant sans se montrer, ainsi que son museau excitant s’apercevait, particulièrement aguichant, bien qu’à moitié dérobé par la coiffure enfoncée sur sa tête. Ses mains, ses bras découverts jusqu’au coude attiraient invinciblement la convoitise de chaque homme, qui eût voulu s’en emparer, les pétrir, les meurtrir, les posséder de caresses et d’étreintes. Les doigts du jeune avocat s’y étaient portés involontairement et les frôlaient longuement. Elle les abandonnait, souriante, la tête un peu renversée, ses yeux allant des lèvres palpitantes du jeune homme à ses prunelles qui se voilaient de désir…

Marie-Annette les bouscula.

— Non, mais, vous êtes révoltants !…

Montaux proposa, d’une voix agressive :