Elle se levait.
— Tu m’offres à déjeuner ?
— Je l’ose, parce que je sais que tu n’es pas gourmande… Un vrai menu de régime : œufs mollets, légumes verts, fruits, et c’est tout.
A table, Laumière annonça :
— Au fait, si tu restes encore une heure, tu verras un revenant.
— Qui ?
— Maurice Deber. Il m’a prévenu de sa visite. Tu te souviens ?… Celui qui est revenu du Tonkin, il y a quatre ans, pour t’épouser, juste au moment où tu te mariais… Il en est reparti du coup pour je ne sais quel Madagascar ou Sénégal…
Cady balançait la tête.
— Oui, oui, je sais… Maurice Deber, un type qui m’agaçait spécialement quand j’étais gosse… Mais qu’est-ce que tu racontes, qu’il revenait pour moi ?… Je n’ai jamais su cela… et je ne l’ai pas revu depuis… Oh ! je ne saurais pas dire depuis combien d’années… Quoique je me rappelle fort bien sa sale tête de colonial.
— Je ne l’ai revu qu’il y a quatre ans ; j’ai reçu ses confidences, il a pleuré dans mon gilet. Il t’apportait des diamants qu’il t’avait promis en partant, il paraît… Là-bas, les années avaient passé et il bâtissait toujours son gentil roman, te suivant de loin… et, à l’heure dite, prenant son petit bateau pour venir t’épouser… Pendant ce temps-là, ton père, ministre à perpétuité, excédé d’honneurs, rend sa belle âme à Dieu… Tu perds brusquement patience entre ton exécrable pintade de petite sœur et ta mère exaspérée par la chute du trône, et voilà que, à la surprise de tous, tu acceptes la proposition de Victor Renaudin, pas jeune, pas beau, de fortune quelconque, de situation simplement avouable… C’était assez idiot, entre nous, et ce n’est pas pour déchirer ton brave magistrat, mais tu aurais vraiment pu trouver mieux.