Cady s’arrêta à l’extrémité de la voiture précédant le restaurant. Appuyée à la vitre, arc-boutée pour lutter contre les secousses du train qui, ayant subi un retard près de Lyon, regagnait à présent le temps perdu, elle attendait…
Le soleil, à l’éclat voilé de brumes légères, montait dans le ciel délicatement vert. La campagne méridionale commençait à se dérouler, avec ses plaines plantées de mûriers, ses montagnes blanches semées de pins, ses terrasses de pierres sèches étageant des bandes de terrain rouge où poussaient la vigne, les amandiers, les pêchers, les cerisiers en bouquets roses et blancs. Et les groupes de maisons entourées de la pyramide pointue des cyprès montraient leurs murs de terre jaune, aux petites fenêtres irrégulières, aux toits plats de tuiles rondes.
Cady se retourna subitement, et demeura muette, immobile, souriante, la main crispée à la barre d’appui…
A quelques pas, près de la porte de communication des deux voitures, Georges venait d’apparaître.
Comme elle, il était nu-tête. Il devait venir de s’éveiller, et s’être précipitamment apprêté, car ses cheveux et son visage demeuraient humides des récentes ablutions, et Cady observa à sa tempe, sur son épiderme délicat de jeune blond, la trace rouge, encore non dissipée, laissée par l’oreiller sur lequel il avait dormi.
A distance, sans un geste, sans une parole, ils se savouraient.
Mais soudain, une grande ombre un peu voûtée les sépara. Ils eurent un instinctif geste de fuite ; et, envahie par une brusque colère, Cady reconnut dans l’intrus Maurice Deber.
Il la saisit par le bras comme on s’empare d’un bien perdu et retrouvé.
— Vous venez déjeuner, je suppose ? jeta-t-il d’un ton de menace.
Ses regards rancuniers et méfiants allaient de la jeune femme à Georges, qui n’avait plus bougé, roulant paisiblement une cigarette. Brusquement amusée, Cady retint un éclat de rire.