— Tant mieux, petite, c’est toujours cela que j’aurai de vous.
Le premier service finissait. On se levait de table. Voisin pressa longuement le bras de la jeune femme.
— Écoutez, glissa-t-il tout bas dans son oreille, d’une voix tremblante. Si je vous avouais que pour la première fois de ma vie j’ai la sensation d’avoir connu une possession chaste, mais heureuse et inoubliable !…
XXIV
Il n’était guère plus de sept heures lorsque Cady quitta le compartiment où Marie-Annette dormait encore profondément dans sa couchette.
Elle avait revêtu sa robe de la veille, mais n’avait pas remis de chapeau. Ses cheveux dorés bouffaient autour de son visage ; elle portait en elle tout l’entêtant parfum du cabinet de toilette où, pendant la nuit, on avait relégué les bouquets de roses et de lilas.
Les employés en veste marron déboutonnée, les yeux encore gros de sommeil, s’activaient dans les couloirs, essuyant les barres d’appui en cuivre, époussetant les vitres, ramassant les bouts de cigarettes, les débris de fleurs jonchant le tapis. Déjà, quelques voyageurs réclamaient qu’on défît leur lit ; et, bien que la plupart des compartiments demeurassent clos, les stores baissés, Cady, avançant lentement, croisa quelques promeneurs, serra des mains.
— Si matinale ?
— Je meurs de faim… On m’a assuré que le wagon-restaurant est déjà ouvert.
— Pour parler plus exactement, il n’a pas fermé… Il y a une douzaine d’enragés qui ont bridgé et soupé jusqu’à l’aurore… Il a fallu les mettre à la porte pour aérer.