— Comment me jugez-vous ? Quel caractère m’attribuez-vous ?… Je suis certain que les apparences vous trompent absolument… La surface et le fond sont si différents chez moi !…

Elle balança la tête, goguenarde.

— Oh ! ne faites pas la « petite femme dont l’âme est à double fond » ! Ça ne va pas du tout à votre silhouette !…

Il insista, sans paraître l’entendre :

— Dites-moi comment vous me voyez.

Elle se reversa du thé, — un peu de thé et beaucoup d’eau chaude, en flairant le mélange avec dégoût, car elle ne supportait que « son thé ».

— Eh bien, répondit-elle avec paresse, évidemment, en vous, comme chez tout le monde, il y a de la croûte et de la mie, le dessus et le dessous… Mais soyez certain que je me garderai bien de vous dire de quelle farine le tout est composé… Faut jamais dire aux gens ce que l’on pense d’eux véritablement… Ils sont toujours déçus, et vous en veulent à mort de cette déception.

Il protesta :

— Je vous jure que, soit que vous voyiez juste, soit que vous vous trompiez, je n’éprouverai aucun froissement de votre jugement, quel qu’il soit… Dites ? Je vous en prie, dites-moi quelque chose ?

Elle sourit et concéda :