Des minutes indicibles d’envolement, d’oubli, de folie s’écoulèrent…
Le silence n’était troublé par aucun bruit étranger. Une senteur âcre venait du lierre couvrant la muraille de la terrasse du bord de l’eau, près de laquelle ils étaient parvenus. Autour d’eux le sol luisait, éclairé par la rayée lointaine d’un bec de gaz. Là-haut, les arbres serrés accumulaient l’obscurité, et l’ombre semblait descendre des branches pour envelopper leur enlacement de secret.
Enfin ils se séparèrent, tremblants, brisés.
Et, peu à peu, par à-coups, la conscience leur revint du lieu où ils se trouvaient, de ce qu’ils étaient, des mille liens que la vie avait tissés autour de chacun d’eux.
— Oh ! ma Cady ! gémit-il dans une espèce de sanglot de bonheur et de désespoir.
Elle reprenait ses sens, ramassait son manchon, s’inquiétait de l’heure, s’énervait.
— Mon Dieu, il faut que je rentre !… Je dîne en ville et je dois m’habiller… Te quitter si vite !
Elle frappa du pied.
— Oh ! ma vie, mon mari, tous, je les déteste, je les hais ! cria-t-elle véhémente.
Il l’enlaçait, suppliant :