— Oh ! évidemment ! fit l’autre, ironiquement.

Du divan qui leur faisait face, Mme de Montaux interpellait sa cousine.

— Dis, Cady, tu viens avec moi à Vincennes, demain matin, voir le départ des aéroplanes au parc militaire ? Ce sera délicieux !

Très grande, très mince, maigre même, Marie-Annette possédait une beauté surtout artificielle et assez discutable.

Elle teignait en noir opaque ses cheveux naturellement châtains. Son visage était pâle, fardé excessivement. Ses yeux, rendus vagues par ses manies successives d’éther, d’opium et de chloral, se creusaient dans l’orbite violemment ombrée par le kohl. Les sourcils épilés, réduits à une mince ligne arquée, nettement noircie, semblaient ceux d’une dame d’images japonaises.

Plusieurs adroites opérations chirurgicales avaient atténué une asymétrie de la face autrefois très apparente, et un traitement énergique avait eu raison de tics nerveux qui secouaient son adolescence.

D’ailleurs les années n’avaient fait qu’augmenter son penchant à l’excentricité, ses curiosités malsaines, sa perpétuelle et maladive recherche de l’étrange, de sensations dites rares.

Tour à tour éprise de tous les sports à la mode, elle les estimait en raison du danger qu’ils présentaient et de la somme d’émotion qu’ils pourraient lui apporter.

Après avoir été une chauffeuse téméraire, pris part à une course d’où elle était revenue avec une jambe brisée, elle délaissait actuellement l’automobile pour l’aviation. Son rêve était de faire une ascension, puis de posséder et de conduire elle-même un monoplan.

Ce qui étonnait, chez cette créature tout le temps trépidante, perpétuellement emballée, c’était qu’elle eût trouvé le loisir d’avoir des amants. Du reste, elle certifiait elle-même à ses intimes que ç’avait toujours été une question d’intérêt, jamais de sentiment ou de sensualité.