En effet, ses changeantes passions sportives lui coûtaient gros, et les revenus de sa très belle fortune étaient entièrement absorbés par le train du ménage et les dépenses de son mari, qu’elle avait épousé couvert de dettes.
Il lui fallait donc demander au dehors de quoi subvenir à ses manies. Désordonnée, dévergondée, sans frein d’aucune sorte, elle avait tenté, et, chose plus extraordinaire, retenu plusieurs fantaisies. Sa liaison la plus durable et la plus lucrative était celle qui agonisait aujourd’hui avec Hubert Voisin, le directeur du Paris-Soir, le maître chanteur qui ramassait parfois des millions et les gâchait volontiers, pourvu que tout Paris le sût.
Le premier mouvement de Cady fut de refuser la proposition de sa cousine ; puis un rappel la fit se raviser. D’un saut, elle rejoignit Marie-Annette et balaya les hommes d’un geste décidé.
— Allez !… On vous a assez vus… J’ai un secret pour elle seule.
Et, tandis que Mme de Montaux riait, les yeux allumés par la curiosité, Cady lui intimait :
— Demain, pour tout le monde, et particulièrement pour mon mari, je déjeune et je passe toute la journée avec toi.
L’autre la questionnait âprement.
— Qui ? Qui ?… Oh ! je t’en prie, dis-moi qui…
Cady fit un geste évasif.
— Je te le dirai peut-être un jour.