Elle constata que Cady était une patineuse remarquable.

Presque toujours seule, au centre de la piste, elle exécutait des voltes savantes, des exercices ardus, avec une précision de professionnelle. Elle avait un air détaché, comme ne s'apercevant point du cercle de spectateurs attentifs, jaloux ou admiratifs, qui l'environnait. Puis, soudain, elle trouait le mur humain et se lançait comme une flèche sur la glace du pourtour, venant unir ses bras à ceux de ses cousines, qui circulaient avec aisance, mais ne possédaient point un talent comparable au sien.

Elle patinait rarement avec un homme, bien qu'elle parût connaître un grand nombre de jeunes gens, habitués du Palais. Ces collégiens ou ces élèves des grandes écoles l'horripilaient, car ils étaient plus préoccupés du sport pour lui-même, plus désireux de faire admirer leur propre adresse que de profiter d'un tour de piste pour flirter. Si Cady était fort sollicitée, c'était simplement à cause de sa virtuosité qui eût mis en relief celle de son partenaire.

Les trois jeunes filles, les bras enlacés, s'arrêtèrent devant Mlle Lavernière, alors que l'orgue terminait un morceau.

—Mme Garnier vous a quittée, je parie? demanda l'aînée des Serveroy en riant et en échangeant des regards malicieux avec sa sœur.

C'était une grosse fille épaisse, aux jambes énormes, de très petite stature pour ses quinze ans. Sa face de lune, pâle et malsaine, était trouée de petits yeux sans éclat, ordinairement bordés de rouge.

Au contraire, Marie-Annette, qui atteignait quatorze ans, était grande et svelte, assez gracieuse. Ses traits fins de brune eussent été jolis sans une asymétrie très prononcée.

Toute sa figure semblait avoir été secouée, ses éléments séparés et recollés de travers. Ce défaut, déjà très apparent quand sa physionomie était au repos, prenait des proportions fantastiques dès qu'elle riait ou parlait avec quelque animation.

Cady appelait ce phénomène le «tremblement de terre de Marie-Annette».

Mme Armande expliqua: