Mme Darquet se redressa subitement.
—Quelle stupidité dis-tu, Cady! s'écria-t-elle sèchement, la voix vibrante. Tu ne peux le connaître, car il est mort avant ta naissance!
—Ah!
Et, insistante:
—Qui est-ce?
Mme Darquet laissa retomber le portrait sur ses genoux et reprit la feuille où le jeune homme reparaissait en voiture, à ses côtés.
—Il s'appelait Armand Wœchlin. C'était un pauvre fou. Son père possédait l'une des plus importantes fabriques de la contrée. C'était un homme énergique et pratique, très travailleur. Il voulait que son fils lui succédât et prît la suite de ses affaires. Il se heurta à un entêtement contraire. Armand avait horreur de l'industrie, il voulait être poète, auteur dramatique. Il faisait des vers, il entretenait des relations avec des journaux, des sociétés littéraires en cachette de son père. Sans cesse ces deux hommes se choquaient, luttaient, de plus en plus exaspérés l'un contre l'autre. Enfin, un jour, il y eut une explication décisive, fatale.
Elle s'interrompit brusquement, saisit toutes les photographies, les froissa et les précipita dans le feu, où elles s'enflammèrent aussitôt.
Cady poussa un cri sourd et voulut s'élancer.
—Oh! maman!