Dans la voiture qui les menait rue Monsieur-le-Prince, où habitait le sénateur, Mlle Lavernière profita d'un instant de répit dans le verbiage de Cady pour lui poser une question, d'un ton ambigu:

—Dites-moi, Cady, cela ne vous est pas désagréable d'aller faire le pantin et de recevoir les caresses d'un vieillard égrillard, pour qu'il vous donne de l'argent?

Cady eut un frémissement. Elle se renversa au fond de la voiture et lança un long regard d'amertume et de raillerie à son institutrice.

—Ma foi, mademoiselle, scanda-t-elle, insultante, c'est plutôt à vous qu'il faudrait demander des impressions à ce sujet-là...

Mme Lavernière se détourna vivement, les joues cramoisies, comme si un soufflet les eût cinglées, et ne trouva pas un mot de riposte.

Aussitôt que le vieux domestique, gras et solennel, eut ouvert la porte, Cady le questionna, en s'élançant impétueusement dans l'antichambre:

—Monsieur est-il levé, Ludovic?

—Pas encore, mademoiselle Cady, répondit l'homme en souriant, je vais l'avertir.

—C'est ça, et dites-lui que nous venons déjeuner... Vous savez ce qu'il y a à manger?

—Non, mademoiselle, mais sûrement Célestine a le temps de vous faire des pommes flambantes.