—Pourquoi ces hommes vous sourient-ils? Est-ce que vous les connaissez?

—Bien sûr, répondit Cady avec calme. Ce sont les musiciens du thé Duphot. Seulement, là-bas, on est correct, on ne se dit pas bonjour... Ici, ça n'a pas d'importance.

Justement le morceau finissait; les smokings rouges se disséminaient dans la salle, invités de-ci de-là, sauf la contrebasse, un vieil homme grognon, qui occupait ses loisirs à se battre sournoisement avec le caniche obèse et galeux de l'établissement.

Le pianiste, un Milanais blond, mince, élégant, la mine obséquieuse et impertinente, les doigts noueux et malpropres, s'approcha en souriant de la table de Cady.

—C'est gentil de venir nous voir ici, dit-il d'une voix caressante, où se mélangeaient curieusement l'accent italien et celui de Montmartre.

Malgré les protestations mimées de l'institutrice, Cady poussa vers le jeune homme un bock que le garçon venait d'apporter avec du thé, des œufs durs et du jambon.

—C'est pour vous.

Il sourit, salua et s'assit prestement.

—Merci.

Puis, ayant bu, les yeux attachés sur la jeune fille avec une expression de caresse audacieuse, il demanda: