Le pianiste la saisit au poignet et la fit rasseoir.
—Bah! laissez-la donc, elle s'amuse, cette petite.
—Mais, je ne veux pas! Il ne faut pas qu'elle s'affiche ainsi! balbutia l'institutrice avec angoisse. C'est une jeune fille du monde, monsieur!...
Le Milanais sourit.
—N'ayez crainte, on n'est pas des mufles...
Les musiciens revenaient, attirés par la présence de Cady, et reprenaient gaiement leurs places. Le premier violon, familièrement penché sur l'épaule de la fillette, jargonnait des paroles que Mlle Armande n'entendait pas.
Les consommateurs, intrigués par la nouvelle pianiste, tournaient la tête; les parties de cartes s'arrêtaient.
La ritournelle éclata, précédant la voix chaude et juste, d'une vulgarité exotique du Milanais.
Mlle Armande suivait, stupéfaite, le jeu assuré de Cady, l'agilité de ses doigts, le rythme endiablé, la volupté innée de son exécution. Ignorant l'art musical, elle n'assistait point aux leçons de piano et ne soupçonnait pas le talent précoce de cette écolière, si rétive et si paresseuse pour tout le reste de son éducation.
A la fin du morceau, les applaudissements crépitèrent, furieux et enthousiastes. Cady se leva, souriante, salua imperceptiblement et s'échappa du cercle complimenteur de l'orchestre pour venir se jeter aux côtés de Mlle Armande, la poitrine palpitante, les yeux brillants de fièvre.