Cady étouffa un violent éclat de rire, car pendant que sa cousine parlait, elle avait eu une de ces convulsions du visage qui lui étaient familières. A l'idée du singulier spectacle que devait donner Marie-Anne amoureuse et grimaçant des paroles tendres, la fillette sentait les spasmes d'une folle gaîté la submerger.

—Si son type est seulement moitié aussi loufoque qu'elle, ce ne sera pas banal! pensait-elle.

Marie-Annette la bousculait.

—Oui, oui, c'est lui!...

Elles coururent au fiacre, ouvrirent la portière et se précipitèrent dedans.

—C'est nous! annonça Marie-Annette, tandis que Cady, renversée au fond de la voiture, riait de tout son cœur réjoui par l'irrésistible comique de la scène.

Leur double entrée en tempête avait fait se tapir burlesquement dans un angle un individu au long corps maigre. Il les examinait, péniblement recroquevillé, avec une intense et risible expression d'ahurissement. Ses petits yeux noirs disparaissaient dans la bouffissure d'une large face enfantine, toute mangée de grosse barbe noire, et un minuscule nez pointu, relevé à l'extrémité, saillait en piton au milieu de pommettes rouges et luisantes.

—Eh bien, c'est nous, répéta Marie-Annette, un peu énervée par son silence et dépitée par son attitude grotesque. Est-ce que vous ne me reconnaissez pas?

Le jeune homme fit un grand geste maladroit, protestant:

—Oh! pouvez-vous dire!... Mais je ne m'attendais pas...