—Ma foi, qu'elles se débrouillent! murmura-t-elle, le cœur chaviré d'appréhension.

Dans le salon, la brusque apparition de Cady, pâle et bouleversée, vêtue d'une robe défraîchie, chaussée de pantoufles en feutre trouées à l'extrémité, les cheveux noués par un vieux ruban noir, avait fait tressaillir désagréablement Mme Darquet, ainsi que les deux dames qui prenaient le thé en causant doucement dans la pièce tiède, close et assoupie.

Noémi Darquet se redressa, stupéfaite, fronçant les sourcils avec contrariété.

—Qu'est-ce que c'est?

L'intrusion de sa fille aînée chez elle, en cet équipage, à cette heure, quand il y avait des visites, était un fait sans précédent.

Très bas, suffoquée par l'effroi de la scène qui se passait là-bas, et par l'émotion d'avoir à troubler cette froide paix maternelle—tâche qui, subitement, lui parut au-dessus de ses forces—la fillette murmura:

—C'est Baby, maman... Baby est très malade!

—Qu'est-ce que tu racontes? s'écria Mme Darquet, avec incrédulité et impatience. Pourquoi viens-tu ici sans qu'on t'appelle?... Comment Mlle Lavernière te laisse-t-elle courir ainsi fagotée?...

—Baby est évanouie... J'ai peur qu'elle soit morte, balbutia Cady qui sentait des vertiges la gagner.

Mme Darquet sursauta à ces paroles inconcevables; les deux dames poussèrent de petits cris d'étonnement.