Mme Garnier ouvrit avec un passe-partout une des petites portes latérales, et les deux femmes se trouvèrent dans un étroit corridor sombre, puis dans une pièce minuscule qui devait servir de lingerie, avec des étagères où s'empilaient des draps, des serviettes, des taies d'oreiller de fine toile, garnies de dentelles.

Mme Garnier fit asseoir Armande et s'assit elle-même, un peu oppressée par l'émotion de ce qu'elle avait à détailler.

—Ecoutez-moi avec attention, dit-elle. Ici, pour tout le monde, c'est un magasin de modes... Si vous entrez par la grande porte, vous trouverez un salon d'essayage avec une douzaine de chapeaux, dont on vend parfois quelques modèles... Mais, à la vérité, le rapport n'est pas là... Il y a des chambres... Enfin, c'est une espèce d'hôtel meublé... et la proximité du salon de thé établi dans la maison voisine vous fera imaginer qu'elle est notre clientèle.

Mlle Lavernière tombait des nues.

—Un hôtel meublé? répéta-t-elle stupidement.

Mme Garnier laissa échapper un geste de contrariété.

—Ah çà! vous n'êtes plus une enfant!... Je suppose que vous comprenez! dit-elle aigrement.

Mlle Armande vit clair tout à coup.

—Oui, oui, je comprends!... C'est une maison de rendez-vous!

—Si vous voulez, acquiesça Mme Garnier avec sécheresse, froissée par l'exactitude du terme.