—J'ai amené ces demoiselles qui avaient grand désir de voir le portrait de Cady.

—Bien, bien. A propos, madame Garnier, vous serez bientôt déchargée de votre service supplémentaire auprès de Cady. Nous avons enfin découvert une personne tout à fait bien.

L'institutrice s'intéressa:

—Une jeune fille?

—Non, non! Une femme de mon âge. Une de mes anciennes amies, très distinguée, veuve d'un officier, restée sans fortune. Et je me décide à lui confier également Jeanne. Oh! ces Anglaises et ces Allemandes!

Elle acheva sa phrase d'un geste excédé. Mme Garnier dissimula un sourire, au rappel de la dernière déconvenue de Mme Darquet, dont la bonne allemande destinée à Baby, pourvue de tant de références, avait accouché prématurément, trois jours après son arrivée de Saxe.

Tandis que Lénine et Renaudin causaient, les jeunes filles bavardaient à voix basse, avec de légers rires étouffés et cinglants qui chatouillaient le Russe.

Pas très jolie, la petite Marie-Annette, mais si nerveuse, si vibrante, si étrange jusque dans les crispations morbides de son visage, qui se terminaient par une détente que l'on eût dite voluptueuse...

Et cette Cady!...

L'épaisse silhouette du sénateur Le Moël se dressa tout à coup devant la table où fumait le thé.